Jour 2 - Témoignage

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Méditation du jour

Prière

Pour ce deuxième jour de retraite, nous allons écouter le témoignage de Guillaume Rossignol. Son récit pourra nous inviter à réfléchir aux différentes manières qu'à l'Esprit-Saint de venir nous mobiliser. Bonne écoute !Aujourd'hui, je viens partager avec vous la façon dont l'Esprit Saint a pu inspirer, éclairer et aussi confirmer une décision que j'ai prise il y a quatre ans maintenant. En 2019, j'ai quitté mon cabinet d'avocat. J'ai exercé depuis une vingtaine d'années. Et puis, quelques mois plus tard, en mars 2020, j'ai rejoint le Service jésuite des réfugiés, dans lequel je travaille maintenant depuis trois ans.
La première chose que je voudrais partager ici, c'est pour ce qui me concerne. La façon dont l'action de l'Esprit-Saint est intervenue ou s'est inscrite dans un temps long. Moi, je ne suis pas du tout parti en hâte, comme Marie sous l'action de l'Esprit-Saint. C'est le moins qu'on puisse dire. Pour prendre cette décision, ça m'a pris plus d'une quinzaine d'années.Et pourtant, dès le début de mon activité professionnelle, j'avais des doutes sur l'endroit où j'étais. À tel point que quelques mois après le début de mon activité d'avocat, j'ai été voir le prêtre qui nous avait mariés pour lui en parler. J'avais un rythme de travail qui était très intense. Je sentais qu'il y avait quelque chose qui clochait dans mes équilibres et il m'a proposé deux choses : La première, c'était de rencontrer une personne qui avait posé à mon âge des choix assez radicaux, des choix de vie courageux et qui avait créé une entreprise d'insertion par l'activité économique au service de personnes fragiles. Ça, c'était la première proposition.
La deuxième, c'était de faire des exercices spirituels dans la vie ordinaire, avec d'autres jeunes qui s'interrogeaient, comme moi, sur leurs décisions professionnelles ou sur d'autres décisions.Je me rappelle très bien qu'en sortant de notre entretien, c'était dans un jardin à Paris, c'était l'automne et j'étais triste. Je donnais des coups de pieds dans les feuilles et je savais en sortant que je suivrai aucune de ces deux propositions. J'ai été très happé par mon travail, les perspectives brillantes qui s'annonçaient, et je savais assez bien en même temps que je répondais pas à un appel qui existait et qui était profond. Je le savais, mais ça résistait. L'Esprit ne s'est pas du tout découragé et d'ailleurs, on ne peut pas dire du tout que c'était une rupture entre lui et moi. On a beaucoup dialogué, conversé au cours de ces années. J'avais une vie de prière plus ou moins assidue, mais je dirais toujours, toujours vive.
Et régulièrement pendant ces dix quinze ans, l'Esprit est revenu à la charge avec beaucoup de patience et petit à petit sous son action, la trajectoire de ma vie professionnelle s'est infléchie. Alors je n'ai pas raconté toutes les étapes, mais peut-être simplement partager deux ou trois points. Le premier, c'est que l'Esprit-Saint m'a rejoint dans mes failles. En fait, j'avais une forme d'insatisfaction latente, comme je l'ai dit, et je m'en ouvrait régulièrement auprès de mes proches, ou moins proches d'ailleurs, mais sans jamais faire vraiment quelque chose de sérieux pour y remédier.Il y a eu deux points de bascule. Le premier, c'est un peu quand… je dirais, par bravade ou par défi, j'ai proposé à ma femme que nous fassions des tournées rues le soir, gare de l'Est, à l'endroit ou nous habitions. Pourquoi par bravade et par défi ? Précisément parce que j'avais des horaires assez absurdes. On avait quatre enfants en bas âge et tourner le soir entre 22h et 0 h, toutes les semaines, c'était pas précisément ce qui rend très le mieux dans l'agenda. Mais en fait, je crois que c'est précisément là où l'esprit m'a rejoint dans cette forme d'excès d'horaires. Et il se trouve que ma femme a dit oui. Nous avons tourné pendant sept ans et ça a profondément changé notre vie. Découvrir l'autre dans sa vulnérabilité et découvrir combien il m'enseigne, combien il me déplace, c'est quelque chose qui aujourd'hui est décisif dans notre façon de vivre, notamment dans l'accompagnement que je mène aux côtés des personnes réfugiées.
Le deuxième point de bascule, c'est quand une personne, dont je peux avouer que je n'avais pas forcément d'affinités particulières avec elle, et je dirais même peut être pas forcément de considération, m'a dit un jour “au lieu de ressasser tes désir de changement que tu mets jamais en œuvre, tu devrais aller faire un tour chez les jésuites et faire une retraite en silence.”Et l'idée de faire une semaine de retraite sans rien, à un moment où j'avais des horaires de 200 mails par jour et où je travaillais comme un dingue, était quand même assez paradoxale pour moi. Et en même temps, c'était un défi. Et je crois que là aussi, l'esprit est venu par la voix de quelqu'un un peu éloigné de moi, me rejoindre dans l'idée de “Mobilise-toi et pour cela, arrête toi”.
C'était en février 2014. J'ai fait une retraite d'une semaine d'exercice spirituel à La Baume et cette retraite a été vraiment le point de départ d'une nouvelle relation avec Dieu. En fait, je suis allé dans cette retraite en me disant “Bon, je vais consacrer une semaine à ne faire que ça. C'est assez énorme. Et je ressortirai avec la réponse à ma question : quelle est ma vocation vers où je vais ?”Évidemment, ça ne s'est pas du tout passé comme ça. Je suis sorti à la fois très heureux et ça, je crois que c'est vraiment une marque de l'esprit. Et en même temps très déconcerté. Je n'avais pas de réponse à ce que je voulais faire ou vers où ça allait. Mais par contre, j'avais fait la découverte d'un dieu amour que je ne connaissais pas vraiment avant.Et je voudrais en particulier vous partager un moment qui m'a beaucoup marqué, qui est un temps de méditation sur le texte du Buisson ardent. Il y a Moïse qui est avec les troupeaux de son beau-père, il se promène. Et puis soudain, il voit au loin un buisson qui brûle sans se consumer. Alors il fait un détour pour le regarder, s'approcher, voir de plus près ce qui se passe.Moi, j'ai été totalement saisi par ce texte. Je me voyais tout à fait en train de faire ce détour, comme Moïse. J'étais littéralement Moïse en train de regarder ce truc assez dingue qui brûle, qui éclaire, qui donne chaud et qui ne détruit pas. Mais en même temps, j'avais assez peur et j'entendais très bien la voix qui disait “Moïse, Moïse dans le buisson”. J'avais très envie de répondre “Me voici”. Mais je ne savais pas tellement ce que ça voulait dire. J'ai un souvenir extrêmement ancré de ce moment-là et j'y reviens très souvent. Voilà le buisson ardent, c'est un peu le lieu pour moi ou l'Esprit-Saint m'a rejoint et vient brûler mes objections, mes questionnements, mes doutes. Et si je devais faire ceci, qu'est ce qui se passerait si je devais faire ça ? Qu'est ce qui se passerait, mais il va se passer ci… ? Et le buisson ardent, c'est l'endroit ou tout ça, ça brûle, et ou les choses deviennent plus claires comme un peu l’or au creuset.
Alors je ne m'attarderai pas sur la décision elle-même de quitter mon cabinet. Je dirais simplement qu'après cette retraite, il s'est encore passé cinq ans avant que je prenne la décision de changer. La seule chose que je pourrais dire, c'est qu'un jour, en allant au bureau, j'ai été habité par une paix extrêmement profonde qui s'est transformée en joie. J'étais très apaisé et je savais que je partirais. Je ne savais pas encore tout à fait quelles seraient les modalités. Le calendrier exact, où j'irais, ce que ça donnerait après. Mais j'étais assez certain, décidé et très très en paix. Et ça aussi je crois que c'est l'action de l'Esprit-Saint à la fois. C'est cette paix, cette joie et quelque chose de l'ordre, d'un élan ou d'un dynamisme qui me dit “Ça va vers l'avant, je ne sait pas très bien, mais je sais que ça va vers le bon endroit.” En fait, ça a été possible grâce à l'encouragement de mes proches aussi, de ma femme en particulier. Et je peux dire que l'Esprit a beaucoup travaillé chez moi à travers elle. Et donc, je l'ai dit tout à l'heure, il a travaillé à la fois à travers des gens que je n'aimais pas forcément beaucoup, pour qui je n'avais pas de considération et à la fois à travers des gens qui me sont très proches. Ça, je crois que c'est aussi une manière d'agir, de l'Esprit qui est de nous rejoindre par différents biais.
Et avant de terminer, je voudrais vous parler aussi d'un clin d'œil de l'esprit, en forme de confirmation. En 2021 donc j'étais déjà chez JRS et je me trouvais à Grande-Synthe, sur le littoral nord de la France pour réfléchir avec des partenaires associatifs à un projet d'accueil de personnes migrantes. On avait rendez-vous à l'église Saint Joseph, alors l'église Saint-Joseph, c'est un immense édifice très sombre, construit dans les années 60, un peu en blocus et qui est aujourd'hui vide, il y a plus de messes dans cet édifice. J'y suis allé qu'une seule fois et les circonstances font que probablement, il y a peu de chance que j'y retourne. Et dans cette église à droite, en entrant, j'ai été happé par un vitrail qui est le seul endroit par où la lumière passe dans cet énorme blockhaus et sur le vitrail, il est écrit ceci “Ôte tes sandales, ce lieu que tu foules et Terre sainte.” Et en fait, ce verset, c'est celui dans le récit du Buisson ardent qui suit immédiatement le moment où Dieu appelle Moïse et où Moïse répond “Me voici.” Et pour moi, c'est un vrai clin d'œil. C'était confirmatoire. J'avais fait un détour en acceptant de faire cette retraite à La Baume. J'avais eu assez peur de cet appel. J'avais dit me voici, j'ai quitté mon travail, je suis arrivé à JRS et sept ans jour pour jour, c'était la date anniversaire de ma retraite à La Baume, je rentre dans cette église et l'Esprit me dit “Voilà, on continue.” Alors aujourd'hui, tout continue de se construire. Mais je peux rendre grâce pour l'Esprit-Saint à travers plusieurs choses. D'abord pour sa patience qui ne renonce jamais et qui même prend appui sur mes détours pour construire la suite, sur sa capacité à me rejoindre dans mes failles pour mieux me toucher, sur sa façon de me parler à travers à la fois ceux qui me sont lointains et ceux qui me sont très proches, sur la façon dont il me donne de la force, la paix, la joie, pour avancer à la fois humblement mais résolument, un vrai dynamisme. Et puis, dans sa façon de m'envoyer des clins d'œil, de confirmer les choix et d'inviter à continuer à avancer ensemble.

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